
L'Évangile est de retour...
Sr Louise Madore, fdls
Supérieure générale
En communion avec le monde entier et toutes les personnes rassemblées sur la place St-Pierre en attente de la proclamation du nom du futur pape, nous étions unies à la fébrilité qui envahissait les cœurs, convaincues que cette impatience ne venait pas d’une simple curiosité mais d’une espérance, nourrie par le désir profond d’un souffle nouveau dans notre Église.
Quel Pape pourrait répondre le mieux à l’aspiration légitime d’une institution trop souvent alourdie par les ambitions humaines et les scandales ? Quel pape pourrait aider l’Église à redécouvrir son vrai visage, celui du Christ, attentif aux petits et aux pauvres ?
Après l’instant de perplexité qui a suivi l’annonce du nom tant attendu : Jorge Mario Bergoglio, une émotion intense traversa la foule qui découvrait les premiers gestes et paroles du Pape François saluant le peuple qui l’acclamait. Dès la deuxième phrase, il affirme la mission de l’Église de Rome par une invitation : « et maintenant, initions ce chemin de l’Évêque et du peuple, chemin de l'Église de Rome, présidant toutes les Églises dans la charité, chemin de fraternité, d'amour, de confiance entre nous… ». C’est par le témoignage de la charité des disciples que l’Église vivra l’Évangile du Christ. « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres. » Jn 13, 35

13 mars 2013
Gardons au cœur le geste de foi profonde et d’humilité du Pape François s’inclinant devant son peuple rassemblé : « Je vous demande une faveur… je vous demande de prier le Seigneur afin qu'Il me bénisse ». Souvenons-nous de ce silence émouvant de la foule, place St-Pierre, implorant la bénédiction du Seigneur sur son serviteur … C’est dans la redécouverte de cette humilité que l’Église retrouvera son chemin de servante pour l’humanité comme nous le rappelle l’évangéliste Matthieu : « Jésus appela les disciples et leur dit : « Vous le savez : les chefs des nations païennes commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand sera votre serviteur … »
Mt 20, 25-27
Reprenant les trois points soulignés dans son homélie, lors de sa première Messe avec les cardinaux au lendemain de son élection : « cheminer, édifier et confesser », j’en retiens un qui me semble particulièrement important pour aujourd’hui : « Nous pouvons marcher tant que nous le voulons, construire un tas de choses, mais si nous ne confessons pas Jésus Christ, rien ne va … quand nous confessons le Christ sans la croix, nous ne sommes pas les disciples du Seigneur mais les serviteurs de ce monde. » Termes austères peut-être, mais qui nous mettent devant l’essentiel de notre vie chrétienne, de notre vie consacrée. Se mettre à la suite du Christ, devenir disciple exige de suivre le même chemin que le maître, celui du don total de soi pour l’autre. Ne reconnaissons-nous pas l’appel qui nous a touchées au début de notre vocation religieuse ?
Dès ses premiers interviews, le Pape François laisse jaillir ce qui l’habite au plus profond de lui-même :« Combien j'aimerais, dit-il, une Église pauvre et pour les pauvres », option et rêve qui lui inspirent le choix de son nom, François d'Assise, l'homme de la pauvreté, l'homme de la paix.
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Combien notre joie a été grande quand nous avons entendu ou lu dans les medias, l’histoire de l’Archevêque de Buenos Aires, qui n’a jamais accepté de vivre comme un « prince de l’Église ». Adoptant un style simple, le cœur proche des gens des bidonvilles, il n’hésitait pas à visiter les familles, à rejoindre les pauvres à la soupe populaire. "L'option préférentielle pour les pauvres" ne suffit pas pour être Église du Christ, il s’agit de poser des actes concrets, cohérents avec notre vie chrétienne, avec notre choix de vie, dans notre Église en marche …
Je suis sûre que chacune d’entre nous, avons été touchées par le témoignage nouveau du Pape François … puisse-t-il faire écho dans notre cœur et nous interpeller profondément !
Je nous invite à rechercher les similitudes avec Montfort et Marie-Louise et à entendre à quelle conversion nous sommes appelées, dans nos propres vies, pour « confesser » l’amour du Christ pour l’humanité, pour révéler la Sagesse libératrice au cœur de notre monde ?
Serons-nous des porteuses d’espérance, comme notre Pape le demande dans l’Homélie de la messe inaugurale de son pontificat? Partant de la figure de Joseph dont on célébrait la fête, il lui donne le rôle de « gardien » de Marie, de Jésus et des autres … et il nous fait une invitation à tous: « Garder la création, tout homme et toute femme, avec un regard de tendresse et d’amour, c’est ouvrir l’horizon de l’espérance, c’est ouvrir une trouée de lumière au milieu de tant de nuages, c’est porter la chaleur de l’espérance ! »
Filles de Montfort et de Marie-Louise, oserons-nous un véritable retour à l’Évangile dans la foulée de notre Église ?
Une Joyeuse et Sainte Pâques!
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La Sagesse libératrice au cœur du monde
L’Orientation du Chapitre général proclame : Filles de la Sagesse, nous voici prêtes à nous laisser envoyer par la Sagesse libératrice au cœur d’un monde multiculturel, pour y entendre le cri de l’univers et des pauvres.
Qu’exige la conviction de « se laisser envoyer par la Sagesse libératrice? » Je crois que l’invitation à la fin de l’orientation du Chapitre nous en indique déjà les premiers pas. « Sortons des sentiers battus »! Oui, la Sagesse nous presse d’abandonner nos espaces précieux, confortables et sécurisants pour orienter toute notre attention sur Dieu qui seul, peut nous conduire en cet espace de liberté au plus profond de notre être.
Comment développer, en soi-même et entre nous, cette attention à la présence de la Sagesse qui nous libère? C’est seulement en nous laissant totalement dépouillées et en quittant nos chemins conventionnels que nous pourrons découvrir cette présence agissante et déconcertante de Dieu en notre être et autour de nous!
Le texte de l’Exode dit que Moïse fit un détour qui l’amène à délaisser son sentier habituel pour voir Dieu. « Yahvé vit qu’il faisait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson » (3,4). C’est en quittant un sol balisé que Moïse se prépare à rencontrer Dieu et à devenir l’homme libre, capable de communier à la compassion de Celui qui l’envoie auprès de ses frères et sœurs pour les libérer de leur esclavage.
Être envoyées au nom de Dieu, pour devenir avec la Sagesse une force libératrice, exige de nous laisser délier de toutes les formes de conditionnements qui nous aveuglent et nous rendent sourdes aux divers appels de la Sagesse. Afin de nous laisser envoyer par la Sagesse libératrice, il nous faut développer notre prière contemplative pour acquérir un regard libre qui permettra de nous accueillir nous-mêmes et de recevoir l’autre dans sa différence avec la bienveillance selon la vision de Dieu.
En nous-mêmes et dans nos communautés, savons-nous vraiment être attentives à accueillir ces espaces sacrés de rencontre que la Sagesse nous offre? Savons-nous prendre le temps et le silence nécessaires pour quitter le sol balisé afin d’aller contempler la Sagesse en s’offrant à son regard d’amour ? Osons-nous faire l’expérience de son amour brûlant, pour nous laisser conduire au buisson ardent qui nous dépouillera de tout pour entrer dans une nouvelle manière de voir et de servir ?
En présence de la Sagesse, tentons d’avancer dans la liberté, apprenons à vivre harmonieusement tous les instants et tous les évènements de notre vie, comme un lieu privilégié de rencontre habitée par la présence de Dieu. Dans la confiance, laissons-nous entraîner par Elle dans une danse nouvelle, dans des pas inédits. Alors seulement, notre cœur pourra vivre la liberté radicale qui nous fera devenir des êtres d’hospitalité à la manière de la Sagesse qui s’enrichit de la différence de l’autre en l’accueillant dans son cœur. N’est-ce pas ce que le monde attend de nous, Filles de la Sagesse d’aujourd’hui ?
C’est ce que je nous souhaite à toutes à l’aube du Conseil nouveau !
Sr Louise Madore fdls
Supérieure générale
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