Section: Actualité : Haïti

HAÏTI, UN DÉSASTRE SANS NOM !

Sr Sandrale Thomas, fdls, responsable provinciale d’Haïti, nous dresse un sommaire fort touchant et imagé de la situation du pays après le passage du cyclone Matthew.

Merci de tout cœur de votre soutien, de vos messages de réconfort  et de vos prières en ces moments de désolation et de grande souffrance d’une grande partie de la population notamment de la presqu’île du Sud du pays. Le Sud du  pays (composé de quatre départements géographiques, le Sud, le Sud’est, la Grand’Anse et les Nippes) est ravagé et la pointe nord d’Haïti fouettée.

 Je suis revenue hier de la Grand’Anse. Toute de suite, après avoir foulé le sol de Carrefour, j’ai voulu vous écrire pour vous donner des nouvelles du pays et de nos sœurs en mission à Jérémie et à Moron.

À Jérémie et à Moron

Nos sœurs, très affectées, ne perdent pas espoir. Elles essaient comme l’ensemble de la population de se relever. Sr Marie Edwidge a donné signe de vie en joignant au téléphone Sr Marie-Thérèse Germain, supérieure de la communauté de Jérémie. Le toit de la maisonnette qu’elle habitait est partie en vapeur et celui de l’école aussi.

L’école de Moron et celle de Jérémie ont perdu leur toit aussi. Les portes, les fenêtres en lames de vitre et une partie du mobilier sont abimées ou emportées par le vent.

A Jérémie, la résidence des pensionnaires, les classes accueillant les enfants handicapés et la salle d’informatique de Jérémie sont saccagées et la toiture emportée. La communauté du prénoviciat balayée a résisté même si l’eau de mer a desséché toute la végétation existante. Les sœurs et la population n’ont ni eau potable à boire, ni électricité. Le réseau électrique national n’existe plus. Les panneaux solaires installés sur les toits des maisons sont emportés et brisés par le vent. Les « inverters » sont atteints et ne peuvent pas fonctionner. Il n’y a pas d’essence pour faire fonctionner la génératrice là où on en possède. Les caisses d’eau que nous avions apportées s’épuiseront très vite. Ainsi, il est difficile d’apaiser la soif. L’eau est bue au compte-gouttes. Une seule petite lampe fonctionnant à l'aide d’un petit panneau solaire (12 cm x 12 cm) éclaire à peine pour manger et  bouger pendant la nuit pour éviter toute chute qui compliquerait la situation puisque les hôpitaux en sont eux aussi endommagés.  Je fais un don 

Après avoir visité le département de la Grand’Anse et mesuré les ravages,  je suis parvenue à classer ce désastre en trois ordres :

 1- Un désastre social puisque les résidences en tôle galvanisée constituant environ  90% des maisons d’habitation de la région sont détruites ainsi que les églises, les hôpitaux, les centres de santé et les écoles. Le réseau d’eau potable déjà précaire et insuffisant est détruit.  On se pose la question, est-ce que les enfants pourront reprendre le chemin de l’école ? Quand est-ce qu’on pourra reconstruire ces établissements alors qu’on n’a pas fini la reconstruction de plus de la moitié de ceux détruits par le séisme ravageur de janvier 2010 ? La délinquance juvénile ne va-t-elle pas s’accentuer et l’exode massif vers Port-au-Prince atteindre un sommet  jusqu’ici jamais atteint ? Les hôtels placés au bord de la mer et les plages anéanties affectent grandement « l’industrie touristique » qui commençait à peine à prendre son essor. Le chômage déjà  très élevé (le plus élevé dans la Caraïbe) et visible une fois le sol du pays foulé  et ses corollaires vont être renforcés. Le choléra refait surface dans la zone de Moron. La dysenterie et les maladies parasitaires vont s’abattre sur la population.

2- On peut affirmer que c’est un désastre économique vu que toutes les plantations sont détruites. Le sud et la Grand’Anse représentaient le grenier du pays. Les fruits (la figue banane, les citrus et de nombreux fruits exotiques), les céréales dont le maïs et le sorgho, les vivres alimentaires notamment l’igname, le manioc, la patate douce, l’arbre véritable et d’autres denrées d’exportation telles le café et le cacao vont manquer. Plus d’un million d’habitants vivant de la petite agriculture de subsistance ont perdu leurs plantations. Ainsi, la famine ne tardera pas à se faire sentir dans le sud et dans tout le pays. La misère est à  notre porte. On va quitter le seuil de la pauvreté pour atteindre celui de la misère. Les parents seront-ils en mesure de payer la scolarité de leurs enfants ?  La végétation de cette région a complètement disparu, le bétail, petit et gros, mort. Les vents violents ont tout brisé ou brûlé. Quel encadrement l’état haïtien va-t-il offrir aux petits paysans pour la remise en valeur de leur terre afin qu’ils recommencent à gagner dignement leur pain à la sueur de leurs fronts et parviennent à subvenir à leurs besoins aussi bien qu’à ceux de leurs familles ?

3- Il s’agit d’un désastre écologique sans précédent dans l’histoire du pays considérant que la végétation luxuriante du grand sud a disparu. Des arbres forestiers géants plus que centenaires sont arrachés mettant les flancs des montagnes à nu. Maintenant, on peut dire que la couverture végétale du pays estimé seulement à 2% en 2015 est quasiment nulle. En traversant le grand Sud, particulièrement la Grand’Anse que j’ai visitée, je me suis rendue compte avec beaucoup de peine,  le cœur brisé,  que je traverse un désert brûlé. On peut aisément comparer la Grand’Anse à la Savane désolée située dans le département de l’Artibonite (près des Gonaïves) ou au Bas Nord-Ouest (la région de Baie de Henne, du Môle saint Nicolas). Aussi, la pluviométrie annuelle de la région ne va-t-elle pas chuter et de ce fait affaiblir l’agriculture ?  L’érosion et la perte de sol arable ne vont-elles occasionner la baisse de la production agricole de la zone ?  Le volume de produits agricoles importés ne va-t-il pas doubler ? Y aura-t-il un réveil national pour reboiser la région ?

Après les premiers secours ou l’aide d’urgence à la population, considèrera-t-on le pôle écologique du désastre ? Même si je suis persuadée que ces questions qui surgissent dans ma tête et qui résonnent aussi au fond de mon cœur  resteront pendant longtemps sans réponse, je suis habitée d’une grande espérance. Dieu fait route avec son peuple. Il ne nous abandonnera  jamais. Chaque haïtienne, chaque haïtien a aussi sa réponse à donner. Que le Dieu de l’espérance nous redonne force et courage pour oser apporter sa petite pierre à la reconstruction de l’homme haïtien et du pays.

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